Yacine Bellik

Yacine Bellik, accepter l’imperfection : prendre soin de son corps sans chercher à le rendre parfait

« Le bonheur n’est pas dans la recherche de la perfection, mais dans la tolérance de l’imperfection. »
— Citation attribuée à Yacine Bellik

La recherche de la perfection peut sembler, au premier regard, être une démarche positive. Elle évoque l’envie de progresser, de faire mieux, de dépasser certaines limites et de prendre soin de soi. Pourtant, lorsqu’elle devient une exigence permanente, elle peut également transformer le rapport que nous entretenons avec nous-mêmes. Ce qui devait être une volonté d’amélioration peut alors devenir une insatisfaction presque constante : le corps n’est jamais assez mince, assez musclé, assez souple, assez jeune, assez performant ou suffisamment conforme à l’image que l’on s’en fait.

La citation attribuée à Yacine Bellik propose une autre manière de regarder cette question. Elle ne nous invite pas nécessairement à renoncer à progresser, mais à nous interroger sur ce qui se produit lorsque nous faisons de la perfection une condition préalable au bonheur.

Cette réflexion prend une dimension particulière lorsqu’elle est appliquée au corps.

Car faut-il réellement avoir atteint un corps idéal pour commencer à en prendre soin?

La réponse est évidemment non. Pourtant, beaucoup de personnes entretiennent avec leur corps une relation dans laquelle le soin semble devoir attendre. Elles prendront davantage soin d’elles lorsqu’elles auront perdu du poids, lorsqu’elles seront plus en forme, lorsqu’elles auront davantage de temps, lorsqu’une douleur aura disparu ou lorsqu’elles seront finalement satisfaites de leur apparence.

Or, le corps que nous cherchons à améliorer est précisément celui que nous avons aujourd’hui.

Prendre soin de son corps n'est pas chercher à le rendre parfait

Il existe une différence importante entre prendre soin de son corps et chercher à le transformer constamment.

Faire de l’exercice, améliorer son alimentation, récupérer après un entraînement, consulter un professionnel lorsque cela est nécessaire ou recevoir un massage peuvent participer à une démarche de bien-être. Ces actions peuvent être motivées par le désir de se sentir mieux, de préserver certaines capacités, d’accompagner une activité physique ou simplement de s’accorder un moment d’attention.

Mais aucune de ces démarches n’exige que le corps soit considéré comme insuffisant.

On peut vouloir développer sa force sans détester sa musculature actuelle. On peut vouloir modifier certaines habitudes sans considérer son corps comme un échec. On peut souhaiter améliorer sa condition physique tout en reconnaissant les capacités que l’on possède déjà.

L’amélioration et l’acceptation ne sont donc pas nécessairement opposées.

Il est possible de regarder honnêtement sa situation actuelle et de décider qu’elle mérite déjà d’être prise en considération.

Prendre soin de son corps ne devrait pas être une récompense que l’on obtient après être devenu la personne que l’on voudrait être.

Le corps réel n'est pas celui des images parfaites

Notre rapport au corps est également influencé par les images qui nous entourent.

Les photographies publiées dans les magazines, sur les réseaux sociaux ou dans les campagnes publicitaires représentent souvent des corps sélectionnés selon certains critères esthétiques. L’éclairage, la posture, le cadrage, le maquillage, la mise en scène et parfois la retouche peuvent également modifier considérablement ce qui est présenté.

Il devient alors facile de comparer son corps réel à une représentation soigneusement construite.

Cette comparaison peut être particulièrement injuste.

Le corps réel possède des plis, des cicatrices, des vergetures, de la cellulite, des asymétries, des marques du temps et des variations de poids. Il peut également porter les traces d’une grossesse, d’une intervention chirurgicale, d’une pratique sportive, d’un accident ou simplement du passage des années.

Ces caractéristiques ne sont pas nécessairement des problèmes à corriger.

Elles font partie de la diversité des corps humains.

Le professionnel qui travaille avec le corps doit pouvoir le regarder autrement que selon une logique purement esthétique. Observer une région corporelle dans le cadre d’une intervention ne signifie pas porter un jugement sur sa beauté, sa minceur, sa musculature ou sa conformité à une norme.

Le corps peut être observé avec attention sans être évalué comme un objet esthétique.

« Je ne suis pas assez à l'aise avec mon corps pour recevoir un massage »

Cette pensée peut être beaucoup plus fréquente qu’on ne l’imagine.

Certaines personnes peuvent hésiter à prendre rendez-vous parce qu’elles ne se sentent pas suffisamment à l’aise avec leur apparence. Elles peuvent craindre le regard du professionnel sur leur poids, leur ventre, leurs jambes, leur peau, leurs cicatrices, leurs vergetures ou certaines autres caractéristiques de leur corps.

Pourtant, il n’est pas nécessaire d’aimer toutes les parties de son corps pour avoir le droit d’en prendre soin.

Cette distinction est importante.

Une personne peut être complexée par son ventre et souhaiter malgré tout recevoir un massage. Elle peut ne pas aimer certaines transformations associées à l’âge et vouloir néanmoins s’accorder un moment de détente. Elle peut avoir pris du poids, être en processus de changement physique ou vivre avec des cicatrices et avoir exactement le même droit à une relation professionnelle respectueuse que n’importe quelle autre personne.

Le rôle du massothérapeute n’est pas d’évaluer la valeur esthétique du corps qui lui est confié.

Il consiste à travailler dans un cadre professionnel, à respecter l’intimité de la personne, à tenir compte de ses besoins et à adapter son intervention au contexte de la séance.

La personne n’a pas à présenter un corps conforme à un idéal pour être accueillie avec respect.

Le jugement du corps n'a pas sa place dans la relation professionnelle

Cette question concerne également la manière dont le professionnel parle du corps.

Une remarque qui semble anodine à celui qui la prononce peut être vécue très différemment par la personne qui la reçoit. Une observation sur le poids, la silhouette ou l’apparence peut réveiller un complexe, rappeler une expérience désagréable ou simplement introduire dans la relation une dimension qui n’est pas pertinente pour l’objectif de la séance.

Le professionnalisme implique donc également une certaine retenue.

Le corps du client n’est pas là pour être commenté selon des critères esthétiques. Il est là dans le contexte d’une démarche particulière, avec ses besoins, ses limites, son histoire et ses caractéristiques propres.

Cette attitude ne signifie pas que le professionnel ne doit rien observer. Au contraire, l’observation peut être importante pour adapter une intervention. Mais observer n’est pas juger.

Une cicatrice peut être pertinente pour déterminer comment aborder une région. Une mobilité particulière peut influencer le positionnement. Une préférence exprimée par la personne peut modifier la séance. Une caractéristique corporelle peut nécessiter une adaptation.

Mais aucune de ces observations ne nécessite que l’on transforme le corps en objet d’évaluation esthétique.

Tolérer l'imperfection ne signifie pas abandonner toute volonté de progresser

La tolérance de l’imperfection pourrait facilement être mal comprise.

Accepter son corps ne signifie pas nécessairement abandonner toute ambition. Reconnaître ses limites actuelles ne signifie pas renoncer à les faire évoluer. Se montrer indulgent envers soi-même ne signifie pas devenir indifférent à sa santé ou à son bien-être.

Il est parfaitement possible de dire :

« Voilà où j’en suis aujourd’hui, et je souhaite évoluer. »

sans ajouter :

« Tant que je ne serai pas arrivé à destination, ce que je suis aujourd’hui n’a aucune valeur. »

Cette distinction peut être particulièrement importante dans le contexte de l’entraînement physique.

Une personne peut souhaiter courir davantage, gagner de la force, améliorer sa mobilité ou modifier sa composition corporelle. Elle peut poursuivre un objectif ambitieux tout en reconnaissant que son corps actuel mérite déjà du respect.

La progression devient alors un chemin plutôt qu’un jugement permanent.

L’objectif n’est plus de déclarer que le corps actuel est mauvais jusqu’à ce qu’il devienne meilleur. Il devient possible de reconnaître ce qui existe aujourd’hui tout en travaillant vers ce que l’on souhaite construire demain.

La perfection peut transformer le bien-être en performance

Notre époque valorise beaucoup la mesure et l’optimisation.

Nous pouvons mesurer nos kilomètres, nos pas, notre sommeil, notre fréquence cardiaque, nos performances sportives, notre alimentation et de nombreux autres aspects de notre quotidien.

Ces outils peuvent être utiles.

Mais ils peuvent également produire une logique dans laquelle chaque activité doit devenir une occasion d’amélioration.

Même le repos peut alors devenir une performance.

On ne se repose plus simplement parce qu’on est fatigué; on cherche à optimiser sa récupération. On ne bouge plus simplement parce que cela fait du bien; on surveille sa progression. On ne mange plus seulement pour se nourrir; on cherche constamment la combinaison parfaite. On ne prend plus un moment pour soi; on se demande si ce moment produit suffisamment de bénéfices.

Cette logique peut finir par rendre difficile une chose pourtant essentielle : faire quelque chose de bon pour soi sans avoir besoin de le faire parfaitement.

Une promenade plus courte que prévu demeure une promenade. Une séance d’entraînement moins intense demeure une activité. Une nuit de sommeil imparfaite ne rend pas automatiquement la nuit inutile. Un moment de relaxation qui ne produit pas une sensation spectaculaire n’est pas nécessairement un échec.

Le bien-être n’a pas besoin d’être parfait pour avoir de la valeur.

Le corps change, et il n'est pas possible de le maintenir dans un état fixe

Le vieillissement rend cette réalité particulièrement évidente.

Le corps humain n’est pas un objet que l’on pourrait conserver indéfiniment dans le même état. La force, la récupération, la composition corporelle, la mobilité, la peau et de nombreux autres éléments évoluent au cours de la vie.

Certaines transformations sont liées à l’âge. D’autres apparaissent après une période d’entraînement, une grossesse, une maladie, une blessure, une intervention chirurgicale ou simplement un changement dans les habitudes de vie.

Chercher à prendre soin de son corps est parfaitement légitime.

Chercher à empêcher toute transformation devient cependant une lutte contre quelque chose qui fait partie de la condition humaine.

Prendre soin de son corps n’est pas nécessairement chercher à empêcher qu’il change; c’est aussi apprendre à accompagner un corps qui change.

Cette idée peut modifier profondément le rapport que nous entretenons avec les différentes étapes de notre vie.

Le corps d’aujourd’hui n’a pas besoin d’être identique à celui de vingt ans pour mériter notre attention.

Certaines périodes rendent cette transformation particulièrement visible

La grossesse constitue un exemple évident de cette transformation.

Le corps change rapidement et parfois de manière spectaculaire. Le ventre se développe, le poids évolue, la posture se modifie et certaines régions peuvent devenir plus sensibles ou inconfortables. La perception que l’on a de son propre corps peut également évoluer.

Dans ce contexte, vouloir prendre soin de soi ne signifie pas chercher à retrouver immédiatement un état antérieur.

Il peut simplement s’agir d’accompagner une période particulière avec une approche adaptée, respectueuse et confortable.

Cette même logique peut s’appliquer à d’autres périodes de la vie : après une période d’entraînement intense, lors d’une reprise d’activité physique, pendant une période de fatigue ou simplement lorsque l’on ressent le besoin de ralentir.

Le corps n’a pas besoin d’être dans son état « idéal » pour mériter de l’attention.

L'imperfection fait aussi partie de l'expérience corporelle

Il existe une autre manière d’aborder cette idée : certaines choses que nous appelons des imperfections font simplement partie de l’histoire de notre corps.

Une cicatrice raconte qu’il s’est passé quelque chose.

Des vergetures témoignent d’une transformation de la peau.

Une musculature asymétrique peut être liée à des habitudes, à une pratique ou simplement à la diversité naturelle des corps.

Des marques peuvent apparaître avec le temps.

Le corps n’est donc pas uniquement une apparence présente. Il est également le résultat d’une histoire.

Le regard professionnel peut tenir compte de cette histoire sans transformer chaque particularité en problème.

Cette conception rejoint une idée essentielle en massothérapie : travailler avec la personne qui se présente aujourd’hui plutôt qu’avec une représentation imaginaire du corps qu’elle devrait avoir.

Le massage n'a pas besoin de « réparer » un corps imparfait

La massothérapie peut facilement être présentée, à tort, comme une manière de corriger tout ce qui ne va pas dans le corps.

Ce n’est pas ainsi que je concevrais cette pratique.

Un massage thérapeutique peut s’inscrire dans une démarche visant certaines tensions ou certains inconforts. Un massage sportif peut accompagner l’entraînement et la récupération. Un massage de relaxation peut offrir un moment où le rythme ralentit. Certaines approches peuvent être adaptées à des contextes particuliers.

Mais aucune de ces démarches ne nécessite de considérer le corps comme défectueux.

La massothérapie n’a pas pour fonction de transformer un corps imparfait en corps parfait.

Elle peut plutôt s’inscrire dans une démarche où l’on prend soin du corps tel qu’il se présente aujourd’hui, avec ses besoins, ses capacités, ses limites et son histoire.

Cette distinction peut sembler subtile, mais elle change profondément le rapport au soin.

Accepter aujourd'hui ne signifie pas renoncer à demain

L’une des difficultés du discours sur l’acceptation de soi est qu’il peut parfois donner l’impression qu’il faudrait choisir entre deux attitudes : soit accepter complètement son corps, soit vouloir le changer.

La réalité est beaucoup plus nuancée.

On peut accepter son corps et vouloir devenir plus fort.

On peut accepter son poids actuel et souhaiter modifier certaines habitudes.

On peut respecter ses limites actuelles et chercher progressivement à développer ses capacités.

On peut accepter qu’une récupération soit plus lente que prévu tout en poursuivant sa réadaptation.

On peut même être insatisfait d’une caractéristique particulière de son apparence sans laisser cette insatisfaction déterminer toute la valeur que l’on accorde à son corps.

L’acceptation n’est donc pas nécessairement une destination.

Elle peut être une manière de regarder honnêtement le point de départ.

Et si le corps n'avait pas besoin de gagner notre approbation?

Cette question peut sembler paradoxale.

Nous passons beaucoup de temps à demander à notre corps de répondre à nos attentes. Nous voulons qu’il soit performant, esthétique, disponible, souple, fort, mince, musclé, jeune et capable de suivre le rythme que nous lui imposons.

Puis, lorsqu’il ne répond plus exactement à ces exigences, nous pouvons commencer à le considérer comme un problème.

Mais le corps n’a pas nécessairement échoué parce qu’il ne correspond plus à un idéal.

Il est peut-être simplement devenu différent.

La question pourrait alors changer :

au lieu de demander constamment « Est-ce que mon corps est assez bien? », nous pourrions parfois demander « De quoi mon corps a-t-il besoin aujourd’hui? »

Cette deuxième question est beaucoup plus concrète.

Elle ouvre la porte au mouvement, au repos, à l’entraînement, à la récupération, à la consultation lorsque cela est nécessaire et, pour certaines personnes, à la massothérapie.

Elle déplace l’attention du jugement vers l’écoute.

Prendre soin du corps tel qu'il est aujourd'hui

Cette conception peut naturellement trouver sa place dans différentes démarches de massothérapie à Montréal.

Un massage thérapeutique peut permettre de porter une attention particulière à certaines tensions ou à certains inconforts. Un massage sportif peut accompagner l’entraînement et la récupération sans exiger que chaque séance soit parfaite. Un massage de relaxation peut offrir un moment où l’on cesse temporairement de chercher à produire ou à performer. Le massage adapté à la femme enceinte peut accompagner un corps qui traverse d’importantes transformations, tandis que le drainage lymphatique manuel, lorsqu’il est approprié, s’inscrit dans une approche particulière qui demande elle aussi une adaptation au contexte de la personne.

Dans tous les cas, le principe demeure le même : il n’est pas nécessaire de présenter un corps parfait pour être accueilli avec respect.

La séance ne devrait pas commencer par une évaluation esthétique de la personne, mais par une compréhension de ses besoins, de ses attentes et de ses limites.

Le corps que l’on accompagne est toujours celui qui existe aujourd’hui.

Tolérer l'imperfection pour mieux habiter son corps

La citation attribuée à Yacine Bellik ne nous demande finalement pas de célébrer toutes nos imperfections ni de prétendre que nous sommes satisfaits de chaque aspect de notre existence.

Elle propose quelque chose de plus réaliste : ne pas faire de la perfection la condition du bonheur.

Cette distinction peut être particulièrement précieuse lorsqu’elle est appliquée au corps.

Nous pouvons chercher à progresser sans nous mépriser pendant le chemin. Nous pouvons vouloir changer certaines habitudes sans considérer notre corps actuel comme indigne d’attention. Nous pouvons vieillir sans considérer chaque transformation comme une défaite. Nous pouvons avoir des cicatrices, des vergetures, des variations de poids, des asymétries ou des limites et continuer à prendre soin de nous.

L’imperfection n’empêche pas le soin.

Elle n’empêche pas le mouvement.

Elle n’empêche pas la détente.

Elle n’empêche pas le plaisir.

Elle n’empêche surtout pas la dignité.

Peut-être que prendre soin de son corps commence justement lorsque l’on cesse de lui demander d’être parfait avant de lui accorder notre attention.

Le corps n’est pas un projet qui devra un jour être terminé.

C’est avec lui que nous vivons, évoluons, vieillissons, bougeons et expérimentons notre existence.

Et il mérite d’être accompagné tel qu’il est aujourd’hui, même lorsque nous souhaitons encore le voir évoluer demain.

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