3. Le sérieux de la massothérapie
La question de la vérité
Je crois que la question de la vérité en massothérapie, pour une massothérapeute, est très importante. C’est une question profonde dont les réponses sont souvent figées et chacun des interlocuteurs, soit les associations de massothérapie, se croit détenteur de la seule réponse possible sans même prendre le temps de regarder la question sous différents angles. Si nous faisions l’effort d’analyser la problématique nous serions en mesure d’esquisser quelques éléments de réponse.
Il n’est pas rare qu’en massothérapie, que le massothérapeute puisse utiliser des arguments incantatoires au détriment des arguments scientifiques. Faire référence à la science, c’est une démarche démontrant son sérieux, son caractère véridique ainsi que sa crédibilité.
Est-il pertinent pour la massothérapie de donner une sorte de supériorité à la science, un type de vérité?
Le massothérapeute
Le massothérapeute est, selon moi, comparable à un artiste dans l’articulation de son geste unique, de son mouvement, dans sa pratique diversifiée, de ses mises en œuvre, de sa pratique spécifique au contexte. Il est un créateur.
Il y a des similitudes parmi les nombreuses techniques manuelles ainsi que les autres intervenants du secteur de la science de la santé. De plus, il y a une panoplie d’approches, de méthodes, d’instruments expérimentaux et d’hypothèses qui sont à la fois théorique et de corpus.
La science de la massothérapie
L’intérêt de la massothérapie est à la fois convergent vers l’unité de la science, mais également divergente afin de permettre l’émergence de l’extraordinaire diversité des approches et des techniques appliquées.
Quel est le noyau dur de la science? En quoi la massothérapie pourrait s’inspirer afin de gagner un peu de sérieux au sein de la communauté scientifique (science de la santé) pour que nous puissions voir l’émergence des divergences?
Les mathématiques
Le noyau dur de la science est sans aucun doute l’expression du langage mathématique qui me semble-t-il serait une hypothèse intéressante.
Sans conteste, les mathématiques sont les piliers sur lesquelles les sciences dures s’appuient. Il faut comprendre que même ces mathématiques sont soumises à l’évolution ainsi que les lois de la logique et de la théorie des ensembles qui, au courant de l’histoire, ont eux aussi, évolués. Les mathématiques d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que celles de l’Égypte antique ou de Sejong le Grand.
Des sciences tout à fait légitimes telles que les sciences humaines n’utilisent pourtant pas d’algèbre dans leur fondement. Une règle de trois pourrait être utilisée par-ci, par-là. L’éthologie qui est l’étude des comportements ou la taxinomie qui est la science des classifications n’utilisent aucune mathématique et sont des sciences pertinentes.
Prédire les phénomènes
Deuxièmement, ce qui pourrait mettre de l’avant la massothérapie serait sa capacité de prévoir. En effet, ce qui est scientifique est ce qui permet de prédire un événement avant qu’il n’arrive. Selon moi, la position de la massothérapie va en ce sens et je ne parle pas d’occultisme. Dans les faits, il très important pour les théories scientifiques qu’elles puissent être en mesure d’annoncer des phénomènes avant l’avènement de ces derniers.
En m’étirant régulièrement, je peux savoir avec une bonne exactitude combien je peux gagner de degrés d’amplitude articulaire sans avoir aucune idée des phénomènes physiologiques mis en cause.
En tant que massothérapeute, je peux être conscient que le massage est bon et qu’il fait du bien sans comprendre pour autant ce qui se trame sous mes mains. Effectivement, le massothérapeute peut exercer un bon massage provoquant un relâchement des fascias, un déplacement des liquides, l’étirement des muscles, des tendons et de la peau, un travail périarticulaire, etc. sans rien comprendre aux mécanismes complexes physiologiques sous-jacents qui représente la dimension scientifique des phénomènes. Comme le disait le mathématicien René Thom : « Expliquer n’est pas prévoir. »
Doit-on arrêter là ou devrions-nous être davantage curieux?

L’expérimentation scientifique de la massothérapie
Troisièmement, il faudrait que la massothérapie puisse construire sa science sur son rapport à l’expérience. En effet, il est pertinent que cette science puisse être articulée dans la reconnaissance et la différence de l’autre et ainsi ne pas être la seule science à affronter le réel. C’est une démarche profitable en lien à l’altérité dans le cadre scientifique. Il est crucial que la massothérapie puisse être mise à l’épreuve par l’expérimentation et non seulement par des observations cliniques sporadiques ici et là.
Il faudrait se mettre d’accord et trouver une ligne directrice afin d’orienter le type d’expérimentation ou le sens donné à l’expérimentation avant de s’en servir comme fondement dans un cadre corpusculaire en massothérapie au Québec.
Aussi simpliste que cela peut être, certains nous diront que les expérimentations sont les faits et que la théorie soit l’explication des faits. Malheureusement, les faits n’en disent pas plus du point de vue référentiel duquel on les observe. En effet, si l’on observe de la Terre une pleine lune à l’horizon, il serait factuel pour nous de dire que la lune est plus proche, car elle nous semble plus grosse et plus éloignée au Zénith, car elle nous semble plus petite. Ce n’est qu’une illusion d’optique, la lune reste sensiblement de même taille durant une même nuit.
La tâche sera ardue, mais les faits doivent être exposés en massothérapie, car plusieurs approches sont issues de constructions sociales qui sont bien ancrées et reconnues officieusement.
La rationalité
Quatrièmement, nous pourrions dire que la science est renvoyée au mot logos. Plusieurs mots réfèrent à ce mot tels que l’oralité, la parole, le langage et la rationalité. Nous pourrions donc dire que la science c’est la rationalité. Si nous faisons appel à la rationalité en massothérapie comme critère de sélection, il serait difficile de définir le vrai du faux. La rationalité est formidablement non discriminante. Je ne connais personne qui défend son point de vue au nom de l’irrationalité. La raison peut être paresseuse, mais elle reste extrêmement diffractée.
Certaines pratiques en massothérapie pourraient, à juste titre, être qualifiées d’obscurantiste ou, voir même, de fondamentalisme religieux et leurs points de vue est en adéquation et en congruence avec leur rationalité ce qui n’est malheureusement pas la position de la science. Nous voyons que la raison dépend de la personne qui la prône.
Conclusion
Il est amusant de voir au sein de la communauté de la massothérapie, ses membres et les institutions qui nous chapeautent demander un retour à la rationalité, mais tous ont leurs propres idées et personne ne parle d’une même opinion.
De plus, le concept de massothérapie au Québec est si mal défini, ou plus précisément, il existe tant de techniques diversifiées se voulant être de la massothérapie qu’on a de la difficulté à la définir comme étant de la science. Toutes pratiques se croit pour l’essentiel être de la massothérapie.
Ce texte est inspiré d’Aurélien Barrau.
Retour sur le premier article: 1. La massothérapie et la médecine au Québec